L’importance de la communication en santé publique

ANALYSE DE TEXTES – CMN5533 / THEORIES DES COMMUNICATIONS ET DE LA SANTE – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA


Why health communication is important in public health ?
(Rajiv N Rimal & Maria K Lapinski, Bull World Heath Organ 2009; 87 : 247)
Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé (1986)
Une « relecture » de la charte d’Ottawa (Jean-Pierre DESCHAMPS, Société française de santé publique, Santé publique, 2003/3 – N° 15 : 315-325)


D’une part, pour la première fois en 2010, les États-Unis allouent un chapitre à la communication concernant la santé dans leurs objectifs pour les Health People et d’autre part, la charte d’Ottawa a été éditée en 1986 pour la promotion de la santé, et elle a fait l’objet d’une relecture 18 ans plus tard.

Je vais d’abord vous présenter les deux textes, pour ensuite tenter de les analyser.

Parlons d’abord du 1er article sur la communication en santé publique…

Les autorités académiques et les praticiens reconnaissent de plus en plus l’importance de la prévention et les facteurs sociaux, environnementaux et psychologiques qui influencent la santé et le comportement humain.

Hors, la communication est au cœur du comportement de l’être humain. James Carey y reconnaît d’ailleurs 2 fonctions : la transmission et le rituel. Tout effort pour modifier le comportement est considéré comme un acte de communication, dont le processus comporte différentes composantes essentielles : le canal de communication, la source (l’émetteur), le récepteur et bien entendu le message en lui-même.

Il faut bien comprendre que ce message sera soumis à une perception sélective, de par l’individu et le prisme social. Il existera également des différences d’interprétation du message, il pourra être décode différemment. Et étant donné que la communication est un processus dynamique, émetteur et récepteur peuvent interchanger leurs rôles.

Ces principes, appliqués à la communication de la santé, soulèvent certains enjeux non négligeables.

Tout d’abord, il est compliqué d’analyser statistiquement et à grande échelle les contenus de la communication concernant la santé, ne fut-ce que de par sa nature sensible.

Ensuite, désormais, la communication liée à la santé fait l’objet d’une approche multidisciplinaire, en vue de la promotion de modifications effectives dans le comportement, incorporant l’expertise d’une grande diversité de professionnels de la santé.

L’accent est donc mis sur la combinaison de la théorie et de la pratique, à divers niveaux, offrant une opportunité unique d’améliorer nos comportements et de sauver des vies.

Avant de lire le second article de Deschamps, il fallait lire la charte originale ! Cette charte a été rédigée suite à la déclaration de l’OMS à Alma Mata (au Kazakhstan) en 1978. Cette Conférence internationale sur les soins de santé primaires soulignait la nécessité d’une action urgente de tous les gouvernements, de tous les professionnels des soins de santé et de la communauté internationale pour protéger et promouvoir la santé de tous les peuples du monde. La charte d’Ottawa, est un énoncé d’engagements citoyens, sociaux et politiques afin de concerter divers intervenants et de promouvoir la sante.

  • Au niveau politique, il s’agit de donner les moyens de mettre en œuvre une politique de santé pour réduire les écarts, viser l’égalité de sante pour tous.
  • Au niveau social, il s’agit de créer des milieux socio-écologiques favorables mais également de renforcer l’action communautaire.
  • Au niveau citoyen, la promotion de la sante sera mise en œuvre dès l’école et soutiendra le développement individuel.

In fine, la promotion de la sante n’a pas qu’un but sanitaire mais est réellement perçue comme la ressource ultime et la recherche du bien-être.

Le 2ème article (de Deschamps, qui date de 2003) propose une relecture de la charte un peu moins de 20 ans plus tard et insiste sur l’aspect pionnier de cette charte, mais soulève le fait qu’elle doit évoluer selon le contexte économique et social actuel de mondialisation.

Concept pionnier à tel point que certains pays, pourtant industrialises et faisant partie du G8, ne l’ont pas comprise et n’ont pas adhéré au principe, ou peu. Les valeurs qui sont insérées dans cette charte ne sont pourtant que des engagements démocratiques afin que chacun puisse avoir accès a la sante et au bien-être. Mais il semble que cet aspect de « démocratisation de la sante », de « démocratie sanitaire » fasse encore peur à certains dirigeants… Laisser les déterminants de la sante aux mains des citoyens, quelle drôle d’idée !

La charte effraie également car une des conditions sine qua non à la sante est la paix, Deschamps reconnait l’utopie de cet engagement.

Deschamps souligne le caractère interactionniste de la charte « il s’agit de politique sociales, économiques, éducatives, des politiques de l’emploi et des loisirs, de l’environnement, de l’urbanisme et de l’habitat » (p.316) donc à tous les échelons, du plus local au national. La charte engage tous les intervenants à construire un cercle vertueux en faveur de la promotion de la sante.

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Deschamps insiste sur la cohérence du texte qui invite à « veiller les uns sur les autres » : nous sommes vraiment dans la c-construction, dans la démocratie participative.

Deschamps souligne enfin que la charte met en exergue la valorisation de chaque groupe, y compris des minorités, face à des décideurs qui pourraient être tentes d’agir non pas pour le bien collectif mais par recherche du profit.

Comment analyser ces articles ?

Le 1er article et la charte ont une conception interactionniste ou interprétativiste, dans différentes mesures cependant.

Le 1er article se focalise sur la communication au travers des professionnels de la sante, d’une équipe multidisciplinaire certes mais qui reste interne à la profession. On constate cependant une évolution dans la manière de communiquer : la médecine cartésienne plus traditionnelle va intégrer l’aspect comportemental, social et va intégrer l’empathie. Cette structure multidisciplinaire ne fleurit pas seulement au niveau de la communication d’ailleurs, et heureusement, elle est également véhiculée au travers d’équipes de soins qui se concertent pour un meilleur traitement du patient, une meilleure prise en charge, alors qu’auparavant le patient était ballotté de généraliste en spécialiste et d’examen médical en thérapie.

La force de l’évolution de cette communication est de ne pas considérer une seule facette de la pathologie, de la thérapie ou de ce dont on veut parler mais de communiquer dans la globalité.

La faiblesse pourrait résider dans le fait que la communication reste entre les mains des professionnels de la sante et il est de l’intérêt de tous de pouvoir vulgariser cette communication et la rendre accessible aux citoyens, aux politiques, aux communautés afin que tous les acteurs puissent la mettre en pratique au quotidien.

La charte originale tente de faire jouer plus d’intervenants dans cette co-construction de la communication, il y aura les professionnels de la sante mais également les politiques, les acteurs sociaux et les acteurs les plus concernes, les citoyens !

Selon moi, la charte originale évoque aussi la pyramide de Maslow : la charte souhaite faire évoluer les besoins primaires (ressource sanitaire, la paix, un abri, de la nourriture et un revenu) vers un concept positif de bien-être et donc atteindre le sommet de la pyramide grâce à la promotion de la santé.

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C’est donc un projet participatif ambitieux qui implique tous les acteurs et qui leur faire bien comprendre que chacun est à la source de son propre bien-être et de la qualité de vie de sa communauté.

La faiblesse de ce genre de document semble évidente : ces engagements ne peuvent être écrits et pris que dans des pays industrialisés, avec un certain niveau de vie, ou les citoyens ont une conscience collective de ce qu’est la sante et vers quel bien-être ils peuvent tendre s’ils en prennent soin. Comment demander à un éthiopien de faire un choix de vie sain alors qu’il n’a pas de quoi s’alimenter tous les jours ? Il existe donc une part d’utopie dans ce document.

Mais, a contrario, le texte a le mérite d’exister et de conscientiser les populations, les politiques, les communautés. Et d’engendrer des actions concrètes, à moyen ou long terme, mais qui finissent par se mettre en place et modifier les comportements.

Deschamps a donc une vision très juste, très pointue et très réaliste de la charte d’Ottawa et sa relecture est extrêmement pertinente, et même si son texte date de 2003, toujours d’actualité.

Quelles conclusions peuvent être tirées en 2017, plus de 30 ans plus tard ? Positif ou négatif ?

Selon Michel O’Neil, Professeur titulaire, Université Laval, Québec : « la charte d’Ottawa n’a pas déclenché la 3eme révolution mais en est un symbole important ». Il y a donc eu des avancées majeures surtout dans le domaine de la prévention (tabagique, hygiène des mains notamment) mais également en matière de promotion de la sante (campagnes pour l’allaitement, pour l’équilibre nutritionnel/contre l’obésité, concernant le diabète, la prévalence de l’asthme,…)


Questions :

  • Quelle perception avez-vous de la prévention/promotion de la sante ?
  • Trouvez-vous les campagnes de communications plates et contraignantes ?
  • Existe-t-il une campagne qui vous a marqué ?

Bonne ou mauvaise campagne de promotion de la santé ? Deux exemples, à titre personnel…

  • Selon moi, mauvaise campagne (n’explique pas les symptômes ni les gestes qui sauvent) :  Prévention AVC : campagne AVC Belgique
  • Selon moi, bonne campagne, sujet sérieux mais traité avec humour, sans grossièreté :

vih

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