Santé publique et représentations sociales dans le domaine de la santé

CMN5533 – Théories de communication et santé

Travail de mi-session – Hiver 2017


QUESTIONS CHOISIES :

  1. L’actualité (dans les médias) portant sur la santé (les campagnes de promotion, prévention, sensibilisation) est extrêmement riche et diversifiée. Manifestement, la santé est une préoccupation collective majeure. Qu’en pensez-vous ? Donnez des exemples. Quelle interprétation peut-on faire du phénomène de médiatisation de tout ce qui touche à la santé ?
  1. Quel est l’intérêt d’analyser les « représentations sociales » dans le domaine de la santé ? Que sont, d’abord, les représentations sociales ? Donnez quelques exemples de travaux portant sur les représentations sociales dans le domaine de la santé. Expliquez

Selon moi, ces deux questions sont intimement liées, je vais l’évoquer et le développer dans mon texte.


 L’actualité (dans les médias) portant sur la santé (les campagnes de promotion, prévention, sensibilisation) est extrêmement riche et diversifiée. Manifestement, la santé est une préoccupation collective majeure. Qu’en pensez-vous ? Donnez des exemples. Quelle interprétation peut-on faire du phénomène de médiatisation de tout ce qui touche à la santé ?

Parler de la/sa santé n’est plus tabou !

Les questions de santé préoccupaient déjà les Grecs et le Romains et au 18è siècle paraissaient les Almanachs et Pharmacopées ; à notre époque, on parlera d’applications… Celles-ci se comptent par centaines de milliers, 165.000 pour être précis, qui ont rapporté 395 millions de dollars en 2015 ! Le thème de la santé est omniprésent à travers les médias, que ce soit dans des films, des reportages, des émissions ou encore des séries cultes ± réalistes ou cyniques (Dr Quinn femme médecin, Urgences, Dr House,…) (3) (12). Ils jouent donc un rôle prédominant comme émetteurs du message “santé” à destination des citoyens.

Toute l’habileté des médias ou des autorités est dans la manière de transmettre le message : éducatif, humoristique, en mode “peur”, … D’ailleurs, après évaluation critique, les campagnes ont évolué : elles ne diffusent plus que rarement un message de culpabilisation de la victime mais appellent plutôt à une conscientisation. (3) Il faut qu’au bout du compte, ce message fasse réfléchir le citoyen-patient, crée une motivation qui le pousse à l’action et que le message soit suffisamment efficace pour qu’il aboutisse à un changement de comportement. Les professionnels de la communication se rendent compte que la difficulté dans l’élaboration des messages, vient du fait du décalage évident entre les attitudes (“je veux arrêter de fumer”) et les comportements (“j’arrête de fumer”). La communication est aussi réfléchie en équipe pluridisciplinaire, c’est un travail collaboratif entre les professionnels de la santé et les équipes communication et marketing ! (11) (12) Avant même de parler de médias classiques tels que télévision, radio ou presse écrite, c’est la publicité (affichage en rue, page de magazine,…) qui a été le support privilégié des messages de santé publique. (3)

La télévision a été le support qui a permis la vulgarisation de la santé vers le grand public. Timidement d’abord, les émissions étaient spécialisées, pointues et spécifiques. Mais certaines ‘affaires’ ont été largement médiatisées dans les journaux télévisés (problématique de l’amiante, du sang contaminé, Tchernobyl et les problèmes de thyroïde,…) et progressivement, la santé a envahi des émissions de masse. Sans parler des émissions plutôt paramédicales, qui donnent des conseils nutritionnels, psychologiques, amaigrissants, ou autres ! Il apparaît un réel phénomène de socialisation de la santé. De nombreux magazines papier ont également vu le jour, plus segmentés parfois car ils peuvent s’adresser plutôt aux femmes, aux “50+”, aux jeunes parents, aux femmes enceintes,…

Sans parler des émissions ou des journalistes spécialisés qui abordent la santé du point de vue économique : que coûte la santé au citoyen, à l’Etat, quels sont les enjeux économiques vus par les compagnies pharmaceutiques, etc…

La généralisation d’internet et des réseaux sociaux a fait exploser les sources et ressources en matière d’informations liées à la santé. La population s’y réfère systématiquement, y recherchant des témoignages d’autres patients ayant eu des expériences similaires, des avis sur des traitements, des médicaments ou même des recommandations sur des médecins. (20) Internet anonymise les réponses, les échanges aussi, et pour certains sujets, dont il est plus délicat de parler en face-à-face, dans des groupes de parole par exemple, les forums sont devenus un mode d’expression très pertinent. (8)

Le danger d’Internet et des réseaux sociaux vient de l’urgence du traitement de l’information, de l’immédiateté. Plus personne, ni le journaliste ni le citoyen ne veut attendre pour recevoir ou pour transmettre une information. Celle-ci est donc transmise de manière instantanée, sans même être contrôlée, et relayée en continu, ce qui peut – in fine – créer une confusion car elle peut être mal interprétée, transmise de manière erronée ou à la mauvaise personne. L’immédiateté a donc tué la fiabilité.

Les médias adoptent parfois un ton alarmiste ! “L’épidémie de virus H1N1 venant d’Asie se répand à une vitesse fulgurante, annonçant une épidémie de grippe mortelle pour cette hiver” Résultat, un vent de panique court dans la population avec, au final, 1 mort et quelques personne âgées hospitalisées pour des complications respiratoires… Le rôle des médias est donc certainement à revoir dans la diffusion de l’information concernant la santé, car cette médiatisation axée sur l’émotion plutôt que sur l’information n’est pas encline à créer un climat de sérénité. Entre le ton alarmiste ou les lieux communs et les fausses rumeurs diffusées par les médias en tous genres, difficile de faire la part des choses pour le commun des mortels, qui n’a pas ‘d’éducation-santé’ de base… Ce point fait parfaitement le lien avec la seconde question traitée dans ce cours essai, les représentations sociales vont donc jouer un rôle prépondérant dans la manière d’aborder la maladie ou l’état de santé. L’information prévient-elle ou provoque-t-elle la maladie ? Ne devient-on pas hypochondriaque à force d’être cerné par tant d’informations ?

Le problème de la médiatisation des questions de santé peut aussi provenir du fait que les médias ne dévoilent que la vision dominante, ne laissant que peu de place au débat, pour différentes raisons. Un exemple concret ; en Belgique, il existe deux syndicats majoritaires francophones de médecins, l’AbSym et le GBO. L’AbSym, de tendance plus libérale et dominé par des médecins à la tête de structures hospitalières gigantesques, avaient pour habitude d’être systématiquement interviewés dans les médias, ce qui donnait une vision tronquée de la réalité. Le GBO a modifié ses habitudes en matière de communication et est désormais sur un même pied d’égalité, mais cela a pris plusieurs années…

Le marketing social, la promotion et la prévention de la santé, dans ces conditions, se doivent d’évoluer en parallèle, de modifier aussi leurs comportements, afin d’intégrer les opinions de chacun dans les plateformes. Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut avoir voix au chapitre, du patient dans son salon, au chercheur dans son labo, à l’association de patients, jusqu’à la compagnie pharmaceutique ou au département du Ministère de la Santé. Il va donc falloir user et abuser de cette technologie à bon escient afin de promouvoir la santé et de créer un engagement citoyen (13).

Car  les citoyens voudraient être les acteurs à part entière du système de santé, c’était d’ailleurs l’un des principes fondamentaux de la Charte d’Ottawa : “donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et davantage de méthodes de l’améliorer”. Mais les gouvernements semblent avoir fait la sourde oreille, à tort ou à raison… Les citoyens souhaiteraient surtout plus de responsabilités, plus de pouvoir de décision, dans la prévention de leur santé mais également dans les soins de fin de vie par exemple.(19) Tout est une question de besoins et d’attentes: les citoyens ont besoin d’informations et pour cela, ils considèrent que les médias – quels qu’ils soient – sont une source inégalable. D’autre part, les citoyens ont des attentes, notamment l’accessibilité, à l’information mais aussi à la santé en elle-même, la participation démocratique aussi. Mais ces attentes ne sont pas toujours comblées, que ce soit parce que les citoyens n’ont pas les moyens (physiques, financiers,…) d’avoir accès à la bonne information en temps voulu ou parce que les pouvoirs publics souhaitent restreindre la participation citoyenne au développement du système de soins de santé. (3)

Tous ces éléments mis ensemble, le déséquilibre entre besoins et attentes, l’immédiateté, le manque de fiabilité de certaines sources, le “bouche-à-oreille” de la transmission des informations, l’avènement des applications mobiles, le manque de contrôle des professionnels de la santé sur les informations circulantes, peuvent expliquer  partiellement les échecs de certaines campagnes de prévention ou de promotion de la santé. Les communicateurs n’auraient-ils aussi pas assez tenu compte des déterminants socio-culturels en mettant au point leur message ? Il semble évident que c’est une piste de réflexion, une campagne ne peut se construire pour tous, être universelle. Le seul point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est de dire que la santé est au cœur des préoccupations et il reste donc encore bien des sujets sur lesquels communiquer…

Reste à trouver le bon modèle ou quels modèles utiliser en fonction de face à quels déterminants de la santé nous sommes confrontés. Et de franchir l’étape de l’évaluation du programme mis en œuvre également, ce qui n’est pas fréquemment réalisé et qui pourtant, serait d’une grande utilité pour servir de leçon à la conception des messages futurs ! (15)

Évoquons 3 exemples de campagnes de prévention et/ou promotion de la santé qui ont chacune fait évoluer les mentalités, avec cependant l’un ou l’autre bémol…

  1. Santé mentale : Dépression et burn-out sont inscrits dans notre quotidien désormais, même auprès de professions qui semblaient inébranlables telles que les médecins, les policiers, les athlètes de haut niveau.  Il était important d’oser en parler, sans tabou, ce qui était encore inimaginable il y a quelques années. Les campagnes de promotion de santé mentale ont permis de franchir une étape cruciale dans la reconnaissance de ces “pathologies du 21ème siècle”. Actuellement, ces campagnes mettent même en scène des personnalités, des athlètes, des vedettes (prenons pour exemple le Bell Let’s Talk Day, qui prend place le 25 janvier de chaque année). Il y a certainement une part de récupération marketing, ou commerciale, dans ces ‘momentums’ mais il n’empêche que ces actions de ‘corporate social responsability’, ou responsabilité sociale des entreprises’ permet à tout citoyen de s’identifier et d’oser franchir le pas vers le thérapeute, vers le psychologue afin de parler de sa détresse.
  1. Dépistage du cancer du sein : Le cancer du sein est le plus meurtrier chez la femme, les campagnes de dépistage sont donc d’une importance capitale pour inciter les femmes, à partir d’un certain âge, à passer une mammographie. L’association Pink Ribbon, et le mouvement Think Pink qui en découle, ont été créés aux Etats-Unis en 1997. Association sans but lucratif au départ, et nourri d’une très noble intention, c’est devenu en 20 ans une “machine de guerre” qui a fait l’objet de récupération. Désormais, on vend des T-shirts et des bics Think Pink, on organise des événements Think Pink, des vedettes ± charismatiques parlent au nom de Think Pink,… Bien sûr, tout le monde sait que Think Pink est associé au cancer du sein mais on s’éloigne quand même du sujet initial et cela en devient presque une mode.
  2. Bon usage du médicament : Il n’y a pas si longtemps, la croyance populaire incitait tout un chacun à se faire prescrire des antibiotiques pour une banale grippe, ce qui s’avérait parfaitement inutile en cas d’infection virale et ce qui pouvait, à terme, provoquer une résistance accrue aux antibiotiques et entraîner un cercle vicieux car la prescription suivante d’antibiotiques devait être plus forte et ainsi de suite. Désormais, grâce aux campagnes de promotion de la santé, la population a bien compris que les antibiotiques étaient réservés à certains usages et a aussi perçu l’importance de la vaccination antigrippale, surtout pour certaines catégories de personnes “à risques” dont le système immunitaire était affaibli ou qui entraient en contact bien plus fréquemment avec des personnes infectées (personnes âgées, infirmiers,…).

Pour conclure, une dernière piste… Pour acquérir plus de crédibilité, il faudrait presque en arriver à créer un label ou un logo de type “Eco-certifié” ou “AOC”, qui indiquerait que le site ou le réseau social a été approuvé, revu par des pairs, et que l’information qu’il contient est validée par un comité de professionnels de la santé. Travail titanesque mais qui mériterait d’être envisagé vu le nombre d’assertions douteuses qui circulent.


Quel est l’intérêt d’analyser les « représentations sociales » dans le domaine de la santé ? Que sont, d’abord, les représentations sociales ? Donnez quelques exemples de travaux portant sur les représentations sociales dans le domaine de la santé. Expliquez

L’injustice sociale tue à grande échelle (OMS, 2008)

Une représentation sociale est une perception de la réalité, une forme de connaissance, de croyance, de norme ou de valeur, selon le contexte dans lequel se situe la personne et le rapport qu’elle a avec son environnement.

Selon Jodelet (1989/2009), la représentation sociale désigne “une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social”.

Selon Abric (2003) “Toute réalité est représentée, c’est-à-dire appropriée par l’individu ou le groupe, reconstruite par son système cognitif, intégrée dans son système de valeurs dépendant de son histoire et du contexte social et idéologique qui l’environnement”.

On pourrait donc faire un parallèle entre représentation sociale et stéréotype, le stéréotype étant une “caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine” (Larousse) (contrairement au préjugé, plus moralisateur, le stéréotype est une grille de lecture qui nous aide à déchiffrer ce qu’il y a autour de nous et n’a pas systématiquement de connotation négative).

Les recherches en représentations de la santé ont permis de développer une théorie dénommée “Health Beliefs Model” ou “Theory of Planned Behavior” ( 6) (2)

La santé va donc être investiguée à la fois au niveau des sciences médicales, mais vont s’ajouter à cela les références des domaines des sciences sociales et des sciences humaines. La maladie sera donc envisagée sous l’angle purement cartésien du médecin et des outils mis à sa disposition (diagnostic, examens biologiques, etc…) et aussi sous l’angle de la construction sociale et de toute la charge symbolique qui y est afférente (subjectivité de la maladie, aspect psycho-social, aspect culturel, croyances, etc…) (9)

Nous sommes dans un système de co-construction car les représentations de santé peuvent s’articuler à multi-niveaux : le niveau du patient lui-même (comment se positionne-t-il par rapport à la maladie, au traitement,…), le niveau de la relation soignant-soigné (et tout ce qui tourne autour, c’est-à-dire la manière dont le patient, le soigné, va parler de son médecin, le soignant,  et ensuite de sa situation pathologique à sa famille, à ses amis) et ensuite, le dernier niveau est entre le soigné et l’institution de santé, le système de soins de santé (l’ensemble de la profession médicale donc les médecins, les pharmaciens, l’Etat,… mais pas uniquement le médecin du patient). Chaque niveau possède ses propres croyances, ses propres représentations sociales, elles vont donc se démultiplier au fur et à mesure de l’historique du patient. (9).

Le tableau évoqué dans l’article de Jeoffrion (9) est une excellente représentation de cette co-construction à différents niveaux de la représentation sociale, qui complexifie la relation soignant-soigné mais également la relation que le soigné peut avoir lui-même avec sa maladie ou son état de santé.

La première représentation sociale sur laquelle il est intéressant de se pencher est le mot “santé” lui-même. En fonction des croyances, de cultures, des époques, des personne à qui on s’adresse, il aura une signification différente ! La santé sera définie par les uns comme “absence de maladie”, par les autres comme “état de bien-être” ou encore comme “une condition physique correcte” etc… Toutes ces réponses seront fortement conditionnées par les déterminants de la santé, dont la plupart sont sociaux (revenu, éducation, environnement, emploi,…). Ceux-ci joueront un rôle crucial dans la façon dont l’individu – le patient – abordera le rapport avec le professionnel de la santé et avec la maladie, ainsi qu’avec la prévention de celle-ci (mesures d’hygiène par exemple).

L’article de Galand illustre particulièrement bien l’exemple de la représentation sociale de la maladie mentale. Le patient est traité de “fou”, donc dévalorisé d’abord par le langage. Ensuite, il l’est dans les attitudes à son égard : il est écarté de toute activité ou fête familiale, il est placé en isolement (pièce à part ou utilisation de barricade) et les objets qu’il utilise lui sont attribués exclusivement, de peur de la contagion ! Dans ce cas, la représentation sociale de la maladie mentale est telle que l’historique culturel, les croyances populaires, ont provoqué une peur au sein de la population.

Cette notion a, heureusement, évolué ! Il n’empêche que la problématique de la dépression par exemple reste toujours un sujet délicat, à la représentation sociale complexe. La personne qui va être déclarée ou se déclarer dépressive, diagnostic médical à l’appui, peut subir des représentations sociales très différentes et être culpabilisée dans son état. Au travail, ses collègues peu empathiques ou jaloux peuvent l’accuser de fainéantise ou de ‘profiter du système’; dans la famille, les proches peuvent pointer du doigt son ‘égoïsme’ de ne plus avoir la force de faire à manger ou de traîner en pyjama toute la journée devant la télévision, et ainsi de suite… Toutes ces ‘fausses réalités’ sont autant de représentations sociales de la personnes dépressive, que les nombreux acteurs qui gravitent autour d’elles auront ± tendance à avoir, et qui – si ces représentations sont négatives- seront particulièrement néfastes à sa thérapie. (16) (18)

D’autres pathologies ont développé ce même type de rejet, de tabou, associé à la méconnaissance, à l’ignorance et aussi à des rumeurs largement diffusées au sein de la population : le virus VIH/le SIDA, le cancer,… (6)

On en revient à la première question développée dans cet essai et à l’importance de la diffusion la bonne information, par le bon canal, à la bonne personne, au bon moment et donc du rôle des médias en tant qu’émetteur afin de passer le message adéquat au bon récepteur…

En effet, les représentations sociales sont fluides, peuvent évoluer dans le temps, en fonction des informations reçues et perçues par le(s) récepteurs(s), même si cela prend du temps car elles sont en général bien ancrées dans l’esprit collectif.

Vu cette évolution possible des représentations sociales, vu que certains individus/patients sont plus enclins que d’autres à rechercher de l’information sur la santé (parce qu’ils sont confrontés eux-mêmes à la maladie ou à celle d’un proche), vu que ces individus/patients vont peut-être eux-mêmes devenir émetteurs (car ils vont communiquer avec d’autres patients à la recherche d’informations, au travers de forums, de plateformes en tous genres,…), vu aussi la vulgarisation de la science médicale et de la technologie, il semble essentiel d’impliquer les médias dans la diffusion à bon escient d’un message accessible, cohérent et correct.

L’intérêt d’analyser les représentations sociales est de décrypter d’où viennent ces croyances, d’où viennent ces rejets, ces peurs, ces tabous,… L’étude des représentations sociales permet de mieux appréhender le rapport des individus avec les déterminants de la santé et de comprendre comment chaque groupe d’affinités, chaque groupe de pensées, va se positionner l’un par rapport à l’autre. Car sans connaître les origines des représentations sociales, leurs tenants et leurs aboutissants, il sera impossible de recadrer le message et de (ré)éduquer les individus dans la bonne direction. Mais ce n’est pas seulement une question d’éducation, de promotion ou de prévention de la santé. Il est également essentiel que le thérapeute comprenne comment son patient, de quelque origine qu’il soit, fonctionnent quand il se présente face à lui, comment il se positionne face à la maladie ou à la souffrance psychologique. Dans le cursus du médecin, outre les cours d’anatomo-pathologie, de biologie clinique,etc…, personne n’a encore pensé à ajouter des cours de “mondialisation culturelle” ou d’empathie. L’analyse et la meilleure compréhension des représentations sociales va permettre au thérapeute, dans le meilleur cas, d’adopter une autre approche de son patient, notamment dans sa manière d’aborder le dialogue (en simplifiant son vocabulaire médical par exemple, en se mettant au ‘niveau’ ou à la place du patient) ou le traitement,  de comprendre pourquoi l’observance ou l’adhésion au traitement n’est systématiquement pas respectée chez certains patients,…

L’article de Saillant, Hagan et Boucher-Dancause (14) concernant les soins infirmiers à domicile est une mise en pratique fort intéressante des représentations sociales. Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux du Québec avait ordonné une réforme en 1991, qui souhaitait promouvoir des services “au plus près du milieu de vie des personnes et plaçant les citoyens au coeur de la prise de décision”. Cette réforme a fortement affecté les services infirmiers de soins à domicile : le Ministère avait une représentation sociale du citoyen idéal, “libre”, “autonome”, “participatif” et décidant lui-même des soins à domicile dont il souhaitait bénéficier. Mais les services infirmiers étaient confrontés à une réalité de terrain bien différente, leur octroyant une charge extrêmement compliquée et lourde, tant sur le plan physique que psychologique :  “Le schizophrène de 35 ans qui vit avec sa mère, la femme âgée qui présente des troubles cognitifs sévères et dont son conjoint et une de ses filles s’occupent, le sidéen qui a choisi de mourir à domicile sont parmi les personnes qui ne présentent pas toutes les caractéristiques de cet idéal.” (p.106) Dans ce contexte, les représentations sociales n’avait pas été analysées ni exploitées de manière pertinente avant d’émettre le message, qui – du coup – n’était absolument pas adapté. Il n’est, dans ce cas, pas possible de réussir la triangulation ou la co-construction entre le soignant, le soigné et le système de soins.

Pour conclure : “Les hommes ne vivent pas seulement d’informations, il leur faut aussi des significations” (Moscovici, 1992). Cette citation est la clé des représentations sociales : depuis la préhistoire, l’homme s’est attaché à symboliser, à représenter son environnement.  Les tableaux des grands maîtres du 17ème ou du 18ème siècle ont peint les épidémies de peste ou de choléra, la souffrance humaine. Tout cela est significatif d’une perspective de triangulation : la maladie est à la fois d’ordre biologique et d’ordre social et traiter l’un ne peut s’envisager sans traiter l’autre. (1)

Gérer le traitement symptomatique et l’aspect psychosocial est devenu un enjeu transversal pour l’ensemble des professionnels de la santé. (2)


BIBLIOGRAPHIE

  1. Apostolidis, T. (2006). Représentations sociales et triangulation: Une application en psychologie sociale de la sante. Psicologia: Teoria E Pesquisa, 22(2), 211–226.
  2. Apostolidis, T., & Dany, L. (2012). Pensée sociale et risques dans le domaine de la santé: le regard des représentations sociales. Psychologie française, 57(2), 67–81. https://doi.org/10.1016/j.psfr.2012.03.003
  3. Bouchard, A. E. (1991). L’écologie de la santé par les médias. Montréal: Editions Agence d’Arc.
  4. Fassin, D. (1997). Raymond MASSÉ, Culture et santé publique. Les contributions de l’anthropologie à la prévention et à la promotion de la santé. Montréal, Gaëtan Morin éditeur, 1995, xxiv + 499 p., fig., tabl., bibliogr., index. Anthropologie et Sociétés, 21(1), 131–134.
  5. Ferreira, J. (2007). Entre assistance et promotion de la santé. Anthropologie et Sociétés, 31(2), 133–150.
  6. Galand, C., & Salès-Wuillemin, É. (2009). Apports de l’étude des représentations sociales dans le domaine de la santé. Societes, 105(3), 35–44. https://doi.org/10.3917/soc.105.0035
  7. Georget, P. (2005). La persuasion publicitaire: Application des modèles théoriques de la psychologie sociale. Market Management: Marketing and Communication., 5(1), 27–46. https://doi.org/10.3917/mama.021.0027
  8. Giroux Claude. (2009). L’utilisation de l’internet dans les campagnes publicitaires de promotion de la santé: l’expérience du Québec. Santé Publique, (hs2), 65.
  9. Jeoffrion Christine. (2009). Santé et Représentations sociales: une étude « multi-objets » auprès de Professionnels de Santé et Non-Professionnels de Santé. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, (2), 73.
  10. Killeen, R. (2008). Whatever happened to the social determinants of health?/Qu’est-il advenu des déterminants sociaux de la santé? Canadian Pharmacists Journal, 141(6), 309–310.
  11. Marchioli Audrey. (2006). Marketing social et efficacité des campagnes de prévention de santé publique: apports et implications des récents modèles de la communication persuasive. Market Management, (1), 17.
  12. Moreau, D. (2000). Promotion de la santé et stratégie de communication. The Canadian Nurse, 96(3), 33–36.
  13. Norman, C. D. (2012). Médias sociaux et promotion de la santé. Global Health Promotion, 19(4), 57–61. https://doi.org/10.1177/1757975912464594
  14. Saillant, F., Hagan, L., & Boucher-Dancause, G. (1994). Contenu, contexte et enjeux sociaux de la pratique des soins infirmiers à domicile. Service social, 43(1), 105–126.
  15. Shankland, R., & Lamboy, B. (2011). Utilité des modèles théoriques pour la conception et l’évaluation de programmes en prévention et promotion de la santé. Pratiques psychologiques, 17(2), 153–172. https://doi.org/10.1016/j.prps.2010.11.001
  16. Tremblay, Philippe. (2012, Mai). Les représentations sociales de la dépression et de ses enjeux : comparaisons d’intervenants et de patients en relations avec l’état dépressif. Université du Québec à Montréal.
  17. S. Adults confidence in social media very low. (n.d.). Retrieved from http://worldofdtcmarketing.com/u-s-adults-confidence-social-media-low/social-media-and-healthcare/
  18. Van Steenberghe Etienne. (2011, Décembre). Les représentations sociales des liens entre la santé et l’environnement. Vers des pratiques éducatives appropriées en matière de santé environnementale auprès de populations défavorisées en milieu urbain. Université du Québec à Montréal en cotutelle avec Université Catholique de Louvain.
  19. Venne, M. (2014). Les citoyens, alliés du système de santé. Global Health Promotion, 21(1_suppl), 50–53. https://doi.org/10.1177/1757975913512160
  20. Warden Christopher. (n.d.). 30 Facts & Statistics On Social Media And Healthcare. Retrieved from https://getreferralmd.com/2017/01/30-facts-statistics-on-social-media-and-healthcare/
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