Santé publique et représentations sociales dans le domaine de la santé

CMN5533 – Théories de communication et santé

Travail de mi-session – Hiver 2017


QUESTIONS CHOISIES :

  1. L’actualité (dans les médias) portant sur la santé (les campagnes de promotion, prévention, sensibilisation) est extrêmement riche et diversifiée. Manifestement, la santé est une préoccupation collective majeure. Qu’en pensez-vous ? Donnez des exemples. Quelle interprétation peut-on faire du phénomène de médiatisation de tout ce qui touche à la santé ?
  1. Quel est l’intérêt d’analyser les « représentations sociales » dans le domaine de la santé ? Que sont, d’abord, les représentations sociales ? Donnez quelques exemples de travaux portant sur les représentations sociales dans le domaine de la santé. Expliquez

Selon moi, ces deux questions sont intimement liées, je vais l’évoquer et le développer dans mon texte.


 L’actualité (dans les médias) portant sur la santé (les campagnes de promotion, prévention, sensibilisation) est extrêmement riche et diversifiée. Manifestement, la santé est une préoccupation collective majeure. Qu’en pensez-vous ? Donnez des exemples. Quelle interprétation peut-on faire du phénomène de médiatisation de tout ce qui touche à la santé ?

Parler de la/sa santé n’est plus tabou !

Les questions de santé préoccupaient déjà les Grecs et le Romains et au 18è siècle paraissaient les Almanachs et Pharmacopées ; à notre époque, on parlera d’applications… Celles-ci se comptent par centaines de milliers, 165.000 pour être précis, qui ont rapporté 395 millions de dollars en 2015 ! Le thème de la santé est omniprésent à travers les médias, que ce soit dans des films, des reportages, des émissions ou encore des séries cultes ± réalistes ou cyniques (Dr Quinn femme médecin, Urgences, Dr House,…) (3) (12). Ils jouent donc un rôle prédominant comme émetteurs du message “santé” à destination des citoyens.

Toute l’habileté des médias ou des autorités est dans la manière de transmettre le message : éducatif, humoristique, en mode “peur”, … D’ailleurs, après évaluation critique, les campagnes ont évolué : elles ne diffusent plus que rarement un message de culpabilisation de la victime mais appellent plutôt à une conscientisation. (3) Il faut qu’au bout du compte, ce message fasse réfléchir le citoyen-patient, crée une motivation qui le pousse à l’action et que le message soit suffisamment efficace pour qu’il aboutisse à un changement de comportement. Les professionnels de la communication se rendent compte que la difficulté dans l’élaboration des messages, vient du fait du décalage évident entre les attitudes (“je veux arrêter de fumer”) et les comportements (“j’arrête de fumer”). La communication est aussi réfléchie en équipe pluridisciplinaire, c’est un travail collaboratif entre les professionnels de la santé et les équipes communication et marketing ! (11) (12) Avant même de parler de médias classiques tels que télévision, radio ou presse écrite, c’est la publicité (affichage en rue, page de magazine,…) qui a été le support privilégié des messages de santé publique. (3)

La télévision a été le support qui a permis la vulgarisation de la santé vers le grand public. Timidement d’abord, les émissions étaient spécialisées, pointues et spécifiques. Mais certaines ‘affaires’ ont été largement médiatisées dans les journaux télévisés (problématique de l’amiante, du sang contaminé, Tchernobyl et les problèmes de thyroïde,…) et progressivement, la santé a envahi des émissions de masse. Sans parler des émissions plutôt paramédicales, qui donnent des conseils nutritionnels, psychologiques, amaigrissants, ou autres ! Il apparaît un réel phénomène de socialisation de la santé. De nombreux magazines papier ont également vu le jour, plus segmentés parfois car ils peuvent s’adresser plutôt aux femmes, aux “50+”, aux jeunes parents, aux femmes enceintes,…

Sans parler des émissions ou des journalistes spécialisés qui abordent la santé du point de vue économique : que coûte la santé au citoyen, à l’Etat, quels sont les enjeux économiques vus par les compagnies pharmaceutiques, etc…

La généralisation d’internet et des réseaux sociaux a fait exploser les sources et ressources en matière d’informations liées à la santé. La population s’y réfère systématiquement, y recherchant des témoignages d’autres patients ayant eu des expériences similaires, des avis sur des traitements, des médicaments ou même des recommandations sur des médecins. (20) Internet anonymise les réponses, les échanges aussi, et pour certains sujets, dont il est plus délicat de parler en face-à-face, dans des groupes de parole par exemple, les forums sont devenus un mode d’expression très pertinent. (8)

Le danger d’Internet et des réseaux sociaux vient de l’urgence du traitement de l’information, de l’immédiateté. Plus personne, ni le journaliste ni le citoyen ne veut attendre pour recevoir ou pour transmettre une information. Celle-ci est donc transmise de manière instantanée, sans même être contrôlée, et relayée en continu, ce qui peut – in fine – créer une confusion car elle peut être mal interprétée, transmise de manière erronée ou à la mauvaise personne. L’immédiateté a donc tué la fiabilité.

Les médias adoptent parfois un ton alarmiste ! “L’épidémie de virus H1N1 venant d’Asie se répand à une vitesse fulgurante, annonçant une épidémie de grippe mortelle pour cette hiver” Résultat, un vent de panique court dans la population avec, au final, 1 mort et quelques personne âgées hospitalisées pour des complications respiratoires… Le rôle des médias est donc certainement à revoir dans la diffusion de l’information concernant la santé, car cette médiatisation axée sur l’émotion plutôt que sur l’information n’est pas encline à créer un climat de sérénité. Entre le ton alarmiste ou les lieux communs et les fausses rumeurs diffusées par les médias en tous genres, difficile de faire la part des choses pour le commun des mortels, qui n’a pas ‘d’éducation-santé’ de base… Ce point fait parfaitement le lien avec la seconde question traitée dans ce cours essai, les représentations sociales vont donc jouer un rôle prépondérant dans la manière d’aborder la maladie ou l’état de santé. L’information prévient-elle ou provoque-t-elle la maladie ? Ne devient-on pas hypochondriaque à force d’être cerné par tant d’informations ?

Le problème de la médiatisation des questions de santé peut aussi provenir du fait que les médias ne dévoilent que la vision dominante, ne laissant que peu de place au débat, pour différentes raisons. Un exemple concret ; en Belgique, il existe deux syndicats majoritaires francophones de médecins, l’AbSym et le GBO. L’AbSym, de tendance plus libérale et dominé par des médecins à la tête de structures hospitalières gigantesques, avaient pour habitude d’être systématiquement interviewés dans les médias, ce qui donnait une vision tronquée de la réalité. Le GBO a modifié ses habitudes en matière de communication et est désormais sur un même pied d’égalité, mais cela a pris plusieurs années…

Le marketing social, la promotion et la prévention de la santé, dans ces conditions, se doivent d’évoluer en parallèle, de modifier aussi leurs comportements, afin d’intégrer les opinions de chacun dans les plateformes. Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun peut avoir voix au chapitre, du patient dans son salon, au chercheur dans son labo, à l’association de patients, jusqu’à la compagnie pharmaceutique ou au département du Ministère de la Santé. Il va donc falloir user et abuser de cette technologie à bon escient afin de promouvoir la santé et de créer un engagement citoyen (13).

Car  les citoyens voudraient être les acteurs à part entière du système de santé, c’était d’ailleurs l’un des principes fondamentaux de la Charte d’Ottawa : “donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et davantage de méthodes de l’améliorer”. Mais les gouvernements semblent avoir fait la sourde oreille, à tort ou à raison… Les citoyens souhaiteraient surtout plus de responsabilités, plus de pouvoir de décision, dans la prévention de leur santé mais également dans les soins de fin de vie par exemple.(19) Tout est une question de besoins et d’attentes: les citoyens ont besoin d’informations et pour cela, ils considèrent que les médias – quels qu’ils soient – sont une source inégalable. D’autre part, les citoyens ont des attentes, notamment l’accessibilité, à l’information mais aussi à la santé en elle-même, la participation démocratique aussi. Mais ces attentes ne sont pas toujours comblées, que ce soit parce que les citoyens n’ont pas les moyens (physiques, financiers,…) d’avoir accès à la bonne information en temps voulu ou parce que les pouvoirs publics souhaitent restreindre la participation citoyenne au développement du système de soins de santé. (3)

Tous ces éléments mis ensemble, le déséquilibre entre besoins et attentes, l’immédiateté, le manque de fiabilité de certaines sources, le “bouche-à-oreille” de la transmission des informations, l’avènement des applications mobiles, le manque de contrôle des professionnels de la santé sur les informations circulantes, peuvent expliquer  partiellement les échecs de certaines campagnes de prévention ou de promotion de la santé. Les communicateurs n’auraient-ils aussi pas assez tenu compte des déterminants socio-culturels en mettant au point leur message ? Il semble évident que c’est une piste de réflexion, une campagne ne peut se construire pour tous, être universelle. Le seul point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est de dire que la santé est au cœur des préoccupations et il reste donc encore bien des sujets sur lesquels communiquer…

Reste à trouver le bon modèle ou quels modèles utiliser en fonction de face à quels déterminants de la santé nous sommes confrontés. Et de franchir l’étape de l’évaluation du programme mis en œuvre également, ce qui n’est pas fréquemment réalisé et qui pourtant, serait d’une grande utilité pour servir de leçon à la conception des messages futurs ! (15)

Évoquons 3 exemples de campagnes de prévention et/ou promotion de la santé qui ont chacune fait évoluer les mentalités, avec cependant l’un ou l’autre bémol…

  1. Santé mentale : Dépression et burn-out sont inscrits dans notre quotidien désormais, même auprès de professions qui semblaient inébranlables telles que les médecins, les policiers, les athlètes de haut niveau.  Il était important d’oser en parler, sans tabou, ce qui était encore inimaginable il y a quelques années. Les campagnes de promotion de santé mentale ont permis de franchir une étape cruciale dans la reconnaissance de ces “pathologies du 21ème siècle”. Actuellement, ces campagnes mettent même en scène des personnalités, des athlètes, des vedettes (prenons pour exemple le Bell Let’s Talk Day, qui prend place le 25 janvier de chaque année). Il y a certainement une part de récupération marketing, ou commerciale, dans ces ‘momentums’ mais il n’empêche que ces actions de ‘corporate social responsability’, ou responsabilité sociale des entreprises’ permet à tout citoyen de s’identifier et d’oser franchir le pas vers le thérapeute, vers le psychologue afin de parler de sa détresse.
  1. Dépistage du cancer du sein : Le cancer du sein est le plus meurtrier chez la femme, les campagnes de dépistage sont donc d’une importance capitale pour inciter les femmes, à partir d’un certain âge, à passer une mammographie. L’association Pink Ribbon, et le mouvement Think Pink qui en découle, ont été créés aux Etats-Unis en 1997. Association sans but lucratif au départ, et nourri d’une très noble intention, c’est devenu en 20 ans une “machine de guerre” qui a fait l’objet de récupération. Désormais, on vend des T-shirts et des bics Think Pink, on organise des événements Think Pink, des vedettes ± charismatiques parlent au nom de Think Pink,… Bien sûr, tout le monde sait que Think Pink est associé au cancer du sein mais on s’éloigne quand même du sujet initial et cela en devient presque une mode.
  2. Bon usage du médicament : Il n’y a pas si longtemps, la croyance populaire incitait tout un chacun à se faire prescrire des antibiotiques pour une banale grippe, ce qui s’avérait parfaitement inutile en cas d’infection virale et ce qui pouvait, à terme, provoquer une résistance accrue aux antibiotiques et entraîner un cercle vicieux car la prescription suivante d’antibiotiques devait être plus forte et ainsi de suite. Désormais, grâce aux campagnes de promotion de la santé, la population a bien compris que les antibiotiques étaient réservés à certains usages et a aussi perçu l’importance de la vaccination antigrippale, surtout pour certaines catégories de personnes “à risques” dont le système immunitaire était affaibli ou qui entraient en contact bien plus fréquemment avec des personnes infectées (personnes âgées, infirmiers,…).

Pour conclure, une dernière piste… Pour acquérir plus de crédibilité, il faudrait presque en arriver à créer un label ou un logo de type “Eco-certifié” ou “AOC”, qui indiquerait que le site ou le réseau social a été approuvé, revu par des pairs, et que l’information qu’il contient est validée par un comité de professionnels de la santé. Travail titanesque mais qui mériterait d’être envisagé vu le nombre d’assertions douteuses qui circulent.


Quel est l’intérêt d’analyser les « représentations sociales » dans le domaine de la santé ? Que sont, d’abord, les représentations sociales ? Donnez quelques exemples de travaux portant sur les représentations sociales dans le domaine de la santé. Expliquez

L’injustice sociale tue à grande échelle (OMS, 2008)

Une représentation sociale est une perception de la réalité, une forme de connaissance, de croyance, de norme ou de valeur, selon le contexte dans lequel se situe la personne et le rapport qu’elle a avec son environnement.

Selon Jodelet (1989/2009), la représentation sociale désigne “une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social”.

Selon Abric (2003) “Toute réalité est représentée, c’est-à-dire appropriée par l’individu ou le groupe, reconstruite par son système cognitif, intégrée dans son système de valeurs dépendant de son histoire et du contexte social et idéologique qui l’environnement”.

On pourrait donc faire un parallèle entre représentation sociale et stéréotype, le stéréotype étant une “caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine” (Larousse) (contrairement au préjugé, plus moralisateur, le stéréotype est une grille de lecture qui nous aide à déchiffrer ce qu’il y a autour de nous et n’a pas systématiquement de connotation négative).

Les recherches en représentations de la santé ont permis de développer une théorie dénommée “Health Beliefs Model” ou “Theory of Planned Behavior” ( 6) (2)

La santé va donc être investiguée à la fois au niveau des sciences médicales, mais vont s’ajouter à cela les références des domaines des sciences sociales et des sciences humaines. La maladie sera donc envisagée sous l’angle purement cartésien du médecin et des outils mis à sa disposition (diagnostic, examens biologiques, etc…) et aussi sous l’angle de la construction sociale et de toute la charge symbolique qui y est afférente (subjectivité de la maladie, aspect psycho-social, aspect culturel, croyances, etc…) (9)

Nous sommes dans un système de co-construction car les représentations de santé peuvent s’articuler à multi-niveaux : le niveau du patient lui-même (comment se positionne-t-il par rapport à la maladie, au traitement,…), le niveau de la relation soignant-soigné (et tout ce qui tourne autour, c’est-à-dire la manière dont le patient, le soigné, va parler de son médecin, le soignant,  et ensuite de sa situation pathologique à sa famille, à ses amis) et ensuite, le dernier niveau est entre le soigné et l’institution de santé, le système de soins de santé (l’ensemble de la profession médicale donc les médecins, les pharmaciens, l’Etat,… mais pas uniquement le médecin du patient). Chaque niveau possède ses propres croyances, ses propres représentations sociales, elles vont donc se démultiplier au fur et à mesure de l’historique du patient. (9).

Le tableau évoqué dans l’article de Jeoffrion (9) est une excellente représentation de cette co-construction à différents niveaux de la représentation sociale, qui complexifie la relation soignant-soigné mais également la relation que le soigné peut avoir lui-même avec sa maladie ou son état de santé.

La première représentation sociale sur laquelle il est intéressant de se pencher est le mot “santé” lui-même. En fonction des croyances, de cultures, des époques, des personne à qui on s’adresse, il aura une signification différente ! La santé sera définie par les uns comme “absence de maladie”, par les autres comme “état de bien-être” ou encore comme “une condition physique correcte” etc… Toutes ces réponses seront fortement conditionnées par les déterminants de la santé, dont la plupart sont sociaux (revenu, éducation, environnement, emploi,…). Ceux-ci joueront un rôle crucial dans la façon dont l’individu – le patient – abordera le rapport avec le professionnel de la santé et avec la maladie, ainsi qu’avec la prévention de celle-ci (mesures d’hygiène par exemple).

L’article de Galand illustre particulièrement bien l’exemple de la représentation sociale de la maladie mentale. Le patient est traité de “fou”, donc dévalorisé d’abord par le langage. Ensuite, il l’est dans les attitudes à son égard : il est écarté de toute activité ou fête familiale, il est placé en isolement (pièce à part ou utilisation de barricade) et les objets qu’il utilise lui sont attribués exclusivement, de peur de la contagion ! Dans ce cas, la représentation sociale de la maladie mentale est telle que l’historique culturel, les croyances populaires, ont provoqué une peur au sein de la population.

Cette notion a, heureusement, évolué ! Il n’empêche que la problématique de la dépression par exemple reste toujours un sujet délicat, à la représentation sociale complexe. La personne qui va être déclarée ou se déclarer dépressive, diagnostic médical à l’appui, peut subir des représentations sociales très différentes et être culpabilisée dans son état. Au travail, ses collègues peu empathiques ou jaloux peuvent l’accuser de fainéantise ou de ‘profiter du système’; dans la famille, les proches peuvent pointer du doigt son ‘égoïsme’ de ne plus avoir la force de faire à manger ou de traîner en pyjama toute la journée devant la télévision, et ainsi de suite… Toutes ces ‘fausses réalités’ sont autant de représentations sociales de la personnes dépressive, que les nombreux acteurs qui gravitent autour d’elles auront ± tendance à avoir, et qui – si ces représentations sont négatives- seront particulièrement néfastes à sa thérapie. (16) (18)

D’autres pathologies ont développé ce même type de rejet, de tabou, associé à la méconnaissance, à l’ignorance et aussi à des rumeurs largement diffusées au sein de la population : le virus VIH/le SIDA, le cancer,… (6)

On en revient à la première question développée dans cet essai et à l’importance de la diffusion la bonne information, par le bon canal, à la bonne personne, au bon moment et donc du rôle des médias en tant qu’émetteur afin de passer le message adéquat au bon récepteur…

En effet, les représentations sociales sont fluides, peuvent évoluer dans le temps, en fonction des informations reçues et perçues par le(s) récepteurs(s), même si cela prend du temps car elles sont en général bien ancrées dans l’esprit collectif.

Vu cette évolution possible des représentations sociales, vu que certains individus/patients sont plus enclins que d’autres à rechercher de l’information sur la santé (parce qu’ils sont confrontés eux-mêmes à la maladie ou à celle d’un proche), vu que ces individus/patients vont peut-être eux-mêmes devenir émetteurs (car ils vont communiquer avec d’autres patients à la recherche d’informations, au travers de forums, de plateformes en tous genres,…), vu aussi la vulgarisation de la science médicale et de la technologie, il semble essentiel d’impliquer les médias dans la diffusion à bon escient d’un message accessible, cohérent et correct.

L’intérêt d’analyser les représentations sociales est de décrypter d’où viennent ces croyances, d’où viennent ces rejets, ces peurs, ces tabous,… L’étude des représentations sociales permet de mieux appréhender le rapport des individus avec les déterminants de la santé et de comprendre comment chaque groupe d’affinités, chaque groupe de pensées, va se positionner l’un par rapport à l’autre. Car sans connaître les origines des représentations sociales, leurs tenants et leurs aboutissants, il sera impossible de recadrer le message et de (ré)éduquer les individus dans la bonne direction. Mais ce n’est pas seulement une question d’éducation, de promotion ou de prévention de la santé. Il est également essentiel que le thérapeute comprenne comment son patient, de quelque origine qu’il soit, fonctionnent quand il se présente face à lui, comment il se positionne face à la maladie ou à la souffrance psychologique. Dans le cursus du médecin, outre les cours d’anatomo-pathologie, de biologie clinique,etc…, personne n’a encore pensé à ajouter des cours de “mondialisation culturelle” ou d’empathie. L’analyse et la meilleure compréhension des représentations sociales va permettre au thérapeute, dans le meilleur cas, d’adopter une autre approche de son patient, notamment dans sa manière d’aborder le dialogue (en simplifiant son vocabulaire médical par exemple, en se mettant au ‘niveau’ ou à la place du patient) ou le traitement,  de comprendre pourquoi l’observance ou l’adhésion au traitement n’est systématiquement pas respectée chez certains patients,…

L’article de Saillant, Hagan et Boucher-Dancause (14) concernant les soins infirmiers à domicile est une mise en pratique fort intéressante des représentations sociales. Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux du Québec avait ordonné une réforme en 1991, qui souhaitait promouvoir des services “au plus près du milieu de vie des personnes et plaçant les citoyens au coeur de la prise de décision”. Cette réforme a fortement affecté les services infirmiers de soins à domicile : le Ministère avait une représentation sociale du citoyen idéal, “libre”, “autonome”, “participatif” et décidant lui-même des soins à domicile dont il souhaitait bénéficier. Mais les services infirmiers étaient confrontés à une réalité de terrain bien différente, leur octroyant une charge extrêmement compliquée et lourde, tant sur le plan physique que psychologique :  “Le schizophrène de 35 ans qui vit avec sa mère, la femme âgée qui présente des troubles cognitifs sévères et dont son conjoint et une de ses filles s’occupent, le sidéen qui a choisi de mourir à domicile sont parmi les personnes qui ne présentent pas toutes les caractéristiques de cet idéal.” (p.106) Dans ce contexte, les représentations sociales n’avait pas été analysées ni exploitées de manière pertinente avant d’émettre le message, qui – du coup – n’était absolument pas adapté. Il n’est, dans ce cas, pas possible de réussir la triangulation ou la co-construction entre le soignant, le soigné et le système de soins.

Pour conclure : “Les hommes ne vivent pas seulement d’informations, il leur faut aussi des significations” (Moscovici, 1992). Cette citation est la clé des représentations sociales : depuis la préhistoire, l’homme s’est attaché à symboliser, à représenter son environnement.  Les tableaux des grands maîtres du 17ème ou du 18ème siècle ont peint les épidémies de peste ou de choléra, la souffrance humaine. Tout cela est significatif d’une perspective de triangulation : la maladie est à la fois d’ordre biologique et d’ordre social et traiter l’un ne peut s’envisager sans traiter l’autre. (1)

Gérer le traitement symptomatique et l’aspect psychosocial est devenu un enjeu transversal pour l’ensemble des professionnels de la santé. (2)


BIBLIOGRAPHIE

  1. Apostolidis, T. (2006). Représentations sociales et triangulation: Une application en psychologie sociale de la sante. Psicologia: Teoria E Pesquisa, 22(2), 211–226.
  2. Apostolidis, T., & Dany, L. (2012). Pensée sociale et risques dans le domaine de la santé: le regard des représentations sociales. Psychologie française, 57(2), 67–81. https://doi.org/10.1016/j.psfr.2012.03.003
  3. Bouchard, A. E. (1991). L’écologie de la santé par les médias. Montréal: Editions Agence d’Arc.
  4. Fassin, D. (1997). Raymond MASSÉ, Culture et santé publique. Les contributions de l’anthropologie à la prévention et à la promotion de la santé. Montréal, Gaëtan Morin éditeur, 1995, xxiv + 499 p., fig., tabl., bibliogr., index. Anthropologie et Sociétés, 21(1), 131–134.
  5. Ferreira, J. (2007). Entre assistance et promotion de la santé. Anthropologie et Sociétés, 31(2), 133–150.
  6. Galand, C., & Salès-Wuillemin, É. (2009). Apports de l’étude des représentations sociales dans le domaine de la santé. Societes, 105(3), 35–44. https://doi.org/10.3917/soc.105.0035
  7. Georget, P. (2005). La persuasion publicitaire: Application des modèles théoriques de la psychologie sociale. Market Management: Marketing and Communication., 5(1), 27–46. https://doi.org/10.3917/mama.021.0027
  8. Giroux Claude. (2009). L’utilisation de l’internet dans les campagnes publicitaires de promotion de la santé: l’expérience du Québec. Santé Publique, (hs2), 65.
  9. Jeoffrion Christine. (2009). Santé et Représentations sociales: une étude « multi-objets » auprès de Professionnels de Santé et Non-Professionnels de Santé. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, (2), 73.
  10. Killeen, R. (2008). Whatever happened to the social determinants of health?/Qu’est-il advenu des déterminants sociaux de la santé? Canadian Pharmacists Journal, 141(6), 309–310.
  11. Marchioli Audrey. (2006). Marketing social et efficacité des campagnes de prévention de santé publique: apports et implications des récents modèles de la communication persuasive. Market Management, (1), 17.
  12. Moreau, D. (2000). Promotion de la santé et stratégie de communication. The Canadian Nurse, 96(3), 33–36.
  13. Norman, C. D. (2012). Médias sociaux et promotion de la santé. Global Health Promotion, 19(4), 57–61. https://doi.org/10.1177/1757975912464594
  14. Saillant, F., Hagan, L., & Boucher-Dancause, G. (1994). Contenu, contexte et enjeux sociaux de la pratique des soins infirmiers à domicile. Service social, 43(1), 105–126.
  15. Shankland, R., & Lamboy, B. (2011). Utilité des modèles théoriques pour la conception et l’évaluation de programmes en prévention et promotion de la santé. Pratiques psychologiques, 17(2), 153–172. https://doi.org/10.1016/j.prps.2010.11.001
  16. Tremblay, Philippe. (2012, Mai). Les représentations sociales de la dépression et de ses enjeux : comparaisons d’intervenants et de patients en relations avec l’état dépressif. Université du Québec à Montréal.
  17. S. Adults confidence in social media very low. (n.d.). Retrieved from http://worldofdtcmarketing.com/u-s-adults-confidence-social-media-low/social-media-and-healthcare/
  18. Van Steenberghe Etienne. (2011, Décembre). Les représentations sociales des liens entre la santé et l’environnement. Vers des pratiques éducatives appropriées en matière de santé environnementale auprès de populations défavorisées en milieu urbain. Université du Québec à Montréal en cotutelle avec Université Catholique de Louvain.
  19. Venne, M. (2014). Les citoyens, alliés du système de santé. Global Health Promotion, 21(1_suppl), 50–53. https://doi.org/10.1177/1757975913512160
  20. Warden Christopher. (n.d.). 30 Facts & Statistics On Social Media And Healthcare. Retrieved from https://getreferralmd.com/2017/01/30-facts-statistics-on-social-media-and-healthcare/

Digital Humanities [où en est la société numérique ?]

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA


https://scholarlykitchen.sspnet.org/2013/12/23/the-future-of-the-scholarly-monograph/http://alex-reid.net/2017/03/what-doeswould-data-rhetoric-look-like.htmlhttp://emergenceofdhbook.tumblr.com/post/59772273737/you-can-now-read-the-introduction-at-the


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La science des données existe depuis longtemps. On pourrait dire que ce sont les statistiques et l’informatique.

Une publication du Harvard Business Review proclame” Data Scientist: The Job plus sexy du 21e siècle. “Fondamentalement, les chercheurs de données répondent à un défi reconnaissable. Nous recueillons des quantités croissantes de données. Comment pouvons-nous donner un sens à cela? Et d’un point de vue commercial, comment pouvons-nous le monétiser?”

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Il faut voir la société numérique comme une évolution temporelle : Comment l’expérience de la vie humaine, des communautés, des connaissances que nous avons construites et partagées, de la culture matérielle que nous avons construite et les effets de tout cela sur notre planète ont été façonnés au cours des 500 dernières années ? Par l’infrastructure socio-technologique-informationnelle. Posez la même question sur les 5000 dernières années ? Par l’écriture. Sur les 50 dernières années? Par les ordinateur. Sur les 5 dernières années? Par les “big data”…

Il existe deux types distincts d’infrastructures sociales qui peuvent être construites:

La première encourage l’engagement dans les processus politiques existants: vote, participation aux questions et aux représentants, s’exprimer et parfois organiser. Ce n’est que grâce à un engagement beaucoup plus grand que nous pouvons nous assurer que ces processus politiques reflètent nos valeurs.

La seconde consiste à établir un nouveau processus permettant aux citoyens du monde entier de participer à la prise de décision collective. Notre monde est plus connecté que jamais, et nous faisons face à des problèmes mondiaux qui s’étendent sur les frontières nationales. En tant que plus grande communauté mondiale, Facebook peut explorer des exemples de la façon dont la gouvernance communautaire peut fonctionner à une échelle supra-nationale.

Le cyberspace n’est plus une illusion, c’est devenu notre quotidien. Il est intégré dans la technologie et la culture, il est nôtre. Le cyberespace «fonctionne comme l’endosquelette même de la vie moderne». Le cyberspace a colonisé le monde. La connectivité omniprésente que nous prenons tous pour acquis, et dont nous dépendons de plus en plus, est devenue “notre ici”. Au lieu de construire la réalité virtuelle comme une sphère distincte du monde réel, les médias d’aujourd’hui ont tendance à sortir de la boîte et à superposer les informations virtuelles et les fonctionnalités sur les lieux physiques et les objets réels.L’intégration de la virtualité et de l’actualité peut être qualifiée de réalité mixte. Notre réalité vécue est le résultat de l’interpénétration constante du réseau en ligne et hors ligne. Autrement dit, nous vivons dans une réalité augmentée qui existe à l’intersection de la matérialité et de l’information, de la physicalité et de la numérité, des corps et de la technologie, des atomes et des bits, de l’off et de la ligne.untitled

Un exemple concret des questions qui se posent autour de cette nouvelle manière d’entrevoir la société numérique :

Une publication récente au blog de la Harvard University Press pose la question intrigante, opportune et peut-être inquiétante: «Qu’est-ce qu’un livre scolaire, de niveau universitaire ou collégial?». La publication rêve d’aller vers la voie d’un nouveau genre de livre, mêlant à la fois la tradition universitaire et l’accessibilité grand public. La Harvard University Press tente l’expérience avec 3 livres, sur des sujets qui sont censés intéresser tant les étudiants, le monde académique que le grand public : l’un concerne l’avenir des bibliothèque (…), l’autre les «humanités numériques avec les études médiatiques et l’histoire du design graphique» et le 3ème examine l’éthique de la cartographie dans un environnement d’information hyperlié. Il est intéressant de noter que les trois livres convergent vers des questions de formes de connaissances émergentes et l’avenir des institutions d’apprentissage, qui tendent à gagner du terrain vers un public de plus en plus large.

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De cette innovation découle une autre question liée au milieu académique et universitaire : quelles sont les nouvelles façons novatrices de créer et de présenter les bourses d’études au monde? Les valeurs traditionnelles et les routines sont bien ancrées dans le monde universitaire, celui-ci est-il prêt à se faire bousculer par l’innovation digitale ?

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GESTION DES CONNAISSANCES [Ce que j’ai appris au cours] – UOKM

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA

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Grâce au professeur Pierre Lévy (@plevy), et après 3 mois de séminaire très interactif et instructif, qu’aurais-je retenu de mon cours de “gestion des connaissances” #UOKM ?

J’ai appris à gérer plusieurs médias sociaux, dont le réseau social privilégié de Mr Lévy : j’ai nommé Twitter ! J’ai fait exploser mon compte avec le nombre de hashtags #UOKM depuis début janvier !

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J’ai également appris et acquis que l’on ne cesse d’apprendre, tous les jours, au quotidien, sur tous les sujets, si l’on se donne la peine d’être curieux… et qu’apprendre est aussi retenir. Car nous sommes confrontés à une immense masse de données, les big data, qui pourraient nous submerger si  nous ne pouvions les organiser et les catégoriser d’une certaine façon : merci la curation de données !

Dans ce nouveau mode de fonctionnement, ce cyberspace aux nouvelles technologies multiples, il est impératif que l’intelligence collective émerge, ainsi que les communautés de pratique. Ne fût-ce que pour comprendre et s’aider mutuellement à comprendre ces nouvelles technologies – comme la blockchain et son bitcoin – mais pas seulement, aussi pour innover, et notamment dans le domaine de l’éducation (apprentissage par les médias sociaux, échec productif, teachback, design thinking, apprendre du grand public/crowdsourcing, apprentissage par jeux vidéos, analyse formative, apprentissage pour l’avenir, translanguing), du datajournalisme, de la science ouverte, etc…

Ce sont toutes ces notions nouvelles que je vais retenir de ce cours. Si elles seront difficiles à placer de manière anodine dans une conversation mondaine, je suis en revanche certaine qu’elles me seront particulièrement utiles pour mon futur avenir professionnel !

Avant tout, il me faut définir ce qu’est la gestion des connaissances, intitulé du cours :

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Il existe plusieurs définitions mais la gestion des connaissances (en anglais knowledge management, KM) peut se définir telle que :  l’ensemble des processus mis en place par une organisation afin de créer, capturer, gérer, partager et appliquer ses connaissances en vue d’atteindre ses objectifs stratégiques OU une démarche managériale pluridisciplinaire qui regroupe l’ensemble des initiatives, des méthodes et des techniques permettant de percevoir, identifier, analyser, organiser, mémoriser, partager les connaissances des membres d’une organisation – les savoirs créés par l’entreprise elle-même (marketing, recherche et développement) ou acquis de l’extérieur (intelligence économique) – en vue d’atteindre un objectif fixé.

Au niveau d’une organisation, la démarche consisterait, en effet, à mettre en place les comportements, les processus et les technologies permettant :

  • de connaître individuellement ce que l’organisation connaît collectivement et de pouvoir l’appliquer ;
  • de connaître collectivement ce que chaque employé connaît individuellement et de le rendre applicable ;
  • de savoir reconnaître ce que l’organisation ne sait pas et de pouvoir l’apprendre.

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Pour créer nos connaissances, les signes et les symboles nous permettent de communiquer :  grâce à eux, nous pouvons penser, agir, communiquer et se représenter des choses irreprésentables (conscience réflexive)

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C’est ce qui a donné naissance à l’évolution culturelle puis à l’évolution numérique :

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Les Big Data

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Le monde actuel évolue vers une vision purement mathématique du traitement des données, en se basant sur l’utilisation d’outils analytiques et statistiques.

Les « Big Data » peuvent identifier des phénomènes, modéliser des résultats statistiques ; mais nous n’en sommes pas encore au point où elles peuvent – à elles seules – expliquer un lien de cause à effet uniquement sur base de chiffres, de statistiques ou de résultats d’algorithmes. L’interprétation des données continue à jouer un rôle essentiel et peut confirmer ou infirmer une hypothèse ou un modèle scientifique. Il serait cependant utopique de négliger ou renier l’existence des « Big Data » ou leur utilité…

Des compagnies qui freinent sur les avancées technologiques et qui se mettent des œillères pour ne pas envisager cette évolution vont inévitablement manquer d’énormes opportunités pour le futur, voire même déjà pour le présent.

Les « Big Data », les statistiques et les algorithmes ne peuvent pas remplacer l’intelligence de l’analyse humaine, ni l’expérience des scientifiques, la validation par les pairs, la comparaison évolutive des données,… Tout ce qui a été mis en place au cours des siècles, voire des millénaires…

La curation de données

C’est un terme qui désigne la nouvelle manière, technologie moderne à l’appui, pour soigner les données, les informations, les connaissances. Faire de la veille de données et donc sélectionner, archiver et prendre soin de contenus pertinents.

La curation de données commence à s’imposer dans un certain nombre de domaines :

  • la conservation des héritages : il semble évident que la numérisation des données des archives, des bibliothèques, des musées est un cap essentiel dans l’échange d’informations, surtout à l’ère de la mondialisation, permettant à différents groupes de se rassembler – sans aucune frontière – pour discuter de leurs intérêts communs;
  • la recherche en sciences humaines : l’apparition de bases de données permet un partage des connaissances mais a plongé l’édition scientifique dans une profonde crise. Pas uniquement les publications scientifiques d’ailleurs, c’est tout le monde de l’édition qui est remis en question… Mais cette communication entre chercheurs et cet accès généralisé aux informations ne va-t-il pas remettre en question le “peer-review”, de pas l’intervention d’un autre type de lectorat, moins spécialisé ?;
  • l’apprentissage collaboratif est une avancée phénoménale dans la sphère éducative puisque les ressources sont disponibles en ligne. Cependant, la prudence s’impose : il ne va plus être nécessaire d’apprendre aux étudiants à utiliser la technologie, ils la maîtrisent, mais bien à réfléchir comment l’utiliser de manière pertinente, quel est le contenu adéquat et objectif qui leur sera utile, comment prendre du recul par rapport à certaines informations,… Un nouveau défi !;
  • les nouvelles : la technologie engendre une inévitable évolution du métier journalistique à cause de l’immédiateté, de l’urgence. Le journaliste décode moins l’information, réalise de moins longs sujets, fat du copier-coller mais utilise Google Analytics, des statistiques,…;
  • l’intelligence open source : les états n’ont plus besoin d’espions physiques sur le terrain mais bien de hackers, d’analystes de données en ligne,…

La gestion des connaissances et la curation de données permettent une évolution des métiers, des pratiques, de la gestion des informations et de leur interprétation et vont mener à une responsabilité individuelle et collective par rapport à la pertinence des données publiées et analysées.

La curation de données peut être représentée de manière schématique par le modèle soumis par le professeur Lévy, qui comporte 3 compétences fondamentales, 3 “intelligences” qui doivent être comprises au sens “d’agences de renseignements”

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L’intelligence collective

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@plevy (Twitter)

Après avoir lu le livre du professeur Lévy “L’intelligence collective, pour une anthropologie du cyberspace”, on comprend mieux que l’évolution en cours converge vers la constitution d’un nouveau milieu de communication, de pensée et de travail pour les sociétés humaines. Le projet d’intelligence collective est un ensemble de choix et de décisions politiques et socio-culturelles et cette mutation, ces nouveaux enjeux de civilisation seront possibles grâce – notamment – au cyberspace: utilisation des nouvelles technologies de l’information, développement du réseau informatique à l’échelle mondiale.

L’intelligence collective est une “intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences” (p29), le but étant de canaliser le savoir pour penser ensemble.

Le projet d’intelligence collective ne remet donc pas le bonheur a plus tard mais incite quotidiennement à augmenter le degré de liberté de chaque individu et des groupes et à mettre en synergie connaissances est connaissants.

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Le rôle des Big Data dans les campagnes politiques

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA

http://www.scoop.it/t/big-data-cloud-and-social-everything/?&tag=political+campaign

http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2017/01/zuckerberg-president-united-states.html

Trump Knows You Better Than You Know Yourself

https://motherboard.vice.com/en_us/article/big-data-cambridge-analytica-brexit-trump

http://www.huffingtonpost.ca/giovanna-mingarelli/voter-data-canada_b_6995648.html

http://www.eweek.com/big-data-and-analytics/big-data-analytics-plays-big-role-in-2016-election-campaigns


VOTE

Ce n’était pas un phénomène nouveau mais il prenait de plus en plus d’ampleur… Lors des 42èmes élections canadiennes en 2015, les Big Data ont pris une part importante de la campagne électorale. La majorité des électeurs étant “connectés” (téléphones cellulaires, réseaux sociaux etc…), les données étaient aisées à récolter de toutes parts, créant une masse énorme d’informations statistiquement utilisables. Cependant, ces données ne sont utiles que lorsqu’elles sont correctement analysées et partagées avec les personnes appropriées. Ce qui peut s’avérer crucial lors de scrutins électoraux…

Elles peuvent expliquer ou indiquer les tendances de vote, expliquer aussi pourquoi les gens s’abstiendraient de voter, toutes des indications qui peuvent changer le cours d’une campagne.


“Our smartphone is a vast psychological questionnaire that we are constantly filling out, both consciously and unconsciously.”


Il va sans dire que les Big Data ont joué un rôle dans la campagne électorale américaine de 2016. Barack Obama avait déjà fait preuve d’une plus grande connectivité avec la population américaine lors de ses campagnes de 2008 et de 2012 mais les deux candidats de 2016, et Donald Trump en particulier, ont atteint des sommets, notamment au travers de l’usage de la plateforme Twitter !

Et si Mark Zuckerberg s’était présenté à la Présidence des Etats-Unis, comment se serait déroulé la campagne électorale ? Une hypothèse pas si folle apparemment car Zuckerberg, tout en souhaitant rester le boss de Facebook, posait des jalons pour entrer en politique. Certains indices le laissaient croire, mais il avait choisi le camp d’Hillary Clinton, il avait hélas misé sur le mauvais cheval…comme beaucoup de gens d’ailleurs… Il n’a pas été le seul à être déçu !

Les Big Data sont vues comme un pont entre les données quantitatives traditionnelles – comme des données de recensement émises par les gouvernement – et des données qualitatives auparavant non quantifiables – issues des réseaux sociaux- produites par des masses de personnes interagissant au travers des outils de nouvelles technologies.

BIG-DATA

Internet, le printemps arabe, et les relations à la politique…

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA


http://www.zigzag-francophonie.eu/La-cyberdemocratie-en-question

http://www.archipress.org/reda/?page_id=507

Cyber-democracy: my global political program!

http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2015/07/israel-middle-east-internet-revolution-democracy-youth.html

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/201106/16/01-4409773-printemps-arabe-internet-a-permis-aux-jeunes-de-faire-entendre-leur-voix.php

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/les-reseaux-sociaux-nerfs-de-la-guerre-du-printemps-arabe-14-06-2013-2896037.php

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/les-reseaux-sociaux-nerfs-de-la-guerre-du-printemps-arabe-14-06-2013-2896037.php


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Internet, et les réseaux sociaux en particulier, ont souvent été considérés comme les “accélérateurs” du printemps arabe…

Il faut d’abor définir ce qu’est le “printemps arabe” : le  Printemps arabe  est un ensemble d’évènements populaires d’ampleur variable ayant touché de nombreux pays du monde arabe à partir de décembre 2010. L’expression de Printemps arabe  fait référence au  Printemps des peuples de 1848. Ces mouvements révolutionnaires nationaux sont aussi qualifiés de révolutions arabes, de révoltes arabes ou encore de réveil arabe.

Le 17 Décembre 2010, Mohamed Bouazizi un vendeur ambulant tunisien  de fruits et légumes se voit confisqué sa marchandise par les autorités tunisiennes car il ne disposait pas d’autorisation officielle de vendre des fruits et légumes. Mohamed tente alors de récupérer sa marchandise auprès de la municipalité de Ben Arous qui refuse et le chasse. Seul revenu d’une famille de sept enfants et complètement désespéré Mohamed Bouazizi décide de s’immoler par le feu. Gravement brûlé il décédera le 4 Janvier 2011 et sera le point de départ d’une vague de révolutions sans précédent dans le monde arabe.

Le point de départ étant la Tunisie, les contestations se sont étendues en Egypte, en Libye en Syrie au Maroc, en Algerie, au Yemen ainsi qu’en Arabie Saoudite. Cependant il serait irrésponsable de dire que les contestations ont eu la même ampleur dans tous ces pays

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La question du rôle des médias sociaux dans le « printemps arabe » a été souvent évoquée, certains parlant de « révolution Facebook » ou « révolution Twitter » mais d’autres, au contraire, ont expliqué qu’Internet n’avait joué aucun rôle.Il semble que les rapports entre médias sociaux et changement politique doivent se pencher plus sur les cas de l’Égypte et de la Tunisie pour mieux comprendre.

En Egypte, un groupe Facebook « Nous sommes tous des Khaled Saïd » avait été mis sur pied en hommage à un jeune homme d’Alexandrie tué par la police en juin 2010.La mort de Khaled Saïd a étéla goutte d’eau qui a fait déborder le vase, des milliers d’Egyptiens ne pouvant plus supporter la dictature, les assassinats, les emprisonnements arbitraires etc… Ce groupe a servi de “base” pour organiser des manifestation uniques en leur genre en Egypte. En Egypte, Facebook avec ses 5 millions d’utilisateurs (13 millions aujourd’hui) a encore eu une influence considérable, à l’inverse de Twitter (200.000 abonnés).

Les médias sociaux ont joué un rôle important dans le soulèvement tunisien, mais pour des raisons différentes du cas égyptien. Le rôle d’internet a été crucial dans la chute du régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011. Ben Ali avait facilité l’accès des tunisiens à l’ordinateur parce que sa famille possédait les sociétés fournisseurs d’accès (FAI). Ça s’est retourné contre lui !

En Syrie, malgré le peu de blogueurs et toute la logistique à mettre en place pour ne pas trop se dévoiler, l’influence du net est une évidence. Internet a permis de diffuser des images, de montrer ce que fait le gouvernement.

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Les réseaux sociaux ont joué un rôle important, car l’espace de communication politique et social est inexistant dans la plupart des pays arabes en raison de la répression. Ils ont permis aux jeunes d’exprimer leurs voix.

L’aspect négatif d’Internet et des médias sociaux est que les mouvements radicaux religieux fondamentalistes, qui sont liés au recrutement de masse, utilisent désormais les mêmes canaux pour du lavage de cerveau et pour l’engagement de terrosites !

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La science ouverte

La science ouverte

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA


https://fr.wikipedia.org/wiki/Science_ouverte

https://www.actualitte.com/article/monde-edition/open-access-des-editeurs-face-a-la-communaute-universitaire/45714

https://francais.eu2016.nl/calendrier/2016/04/04/conference–la-science-ouverte

https://www.timeshighereducation.com/features/do-academic-social-networks-share-academics-interests

http://blogs.lse.ac.uk/impactofsocialsciences/2015/07/14/the-case-against-the-journal-article/


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Wikipedia nous apprend que “la notion de science ouverte (open science ou open research pour les anglophones) recouvre un ensemble de pratiques, fondées sur le recours à l’Internet, aux outils de travail collaboratif (dont Wikipédia et Wikiversité ou Wikispecies font partie) et du web social, qui peuvent être utilisés dans l’ensemble de la démarche savante ; de la formulation de questions et d’hypothèses scientifiques à la diffusion/vulgarisation des résultats de recherche, en passant par la discussion des méthodes, protocoles, résultats, etc. La science ouverte peut aussi favoriser la multidisciplinarité de la recherche et éventuellement un caractère multilingue et un caractère de « bien commun »

Il semblerait que l’Union Européenne, sous l’égide de la présidence néerlandaise, en ait fait son cheval de bataille ! Rendre la science accessible à un plus grand nombre d’utilisateurs finaux, promouvoir le libre accès aux publications internationales des articles scientifique ainsi que la réutilisation optimale et responsable des données scientifiques, voici les objectifs principaux de l’UE. Pour réaliser ces objectifs, une plateforme sera mise sur pied afin d’élaborer un programme d’action commun.

Les gouvernements, les universités, les chercheurs, les bailleurs de fonds, les éditeurs seront notamment invités à se pencher sur la réaliser de ce programme d’action.

Au final, les plus impliqués dans cette transition vers la science ouverte seront bien entendu les chercheurs et leurs communautés, à qui ‘on demande une motivation et une participation active. Le libre accès et le partage des données est impossible sans leur collaboration…

L’Europe réfléchit également au type d’infrastructure idéal qui permettra de stocker l’ensemble des données d’accès libre, de manière durable.

Ce plan d’action est innovant et espère attirer de nouveaux chercheurs, des entrepreneurs dynamiques, etc…

Enfin, le programme d’action commun devra définir clairement des principes pour le partage d’informations entre états membres.

Les Etats-Unis semblent également favorables au partage de données et au libre accès aux publications scientifiques.

Il existe 3 réseaux sociaux académiques majeurs, tous 3 lancés en 208 : Academia.edu (le plus grand), ResearchGate et Mendeley.Les réseaux sociaux universitaires permettent aux chercheurs de publier, partager, rassembler et recommander des articles. Les chercheurs considèrent ces réseaux comme “un moyen précieux d’obtenir des publications en ligne et de les rendre accessibles au public, de manière plus rapide et moins restrictive que les processus de dépôt d’article.”Les gestionnaires de ces sites insistent sur le fait que ces plateformes ne sont pas rentables malgré la diffusion de publicités.

Mais il semblerait que ce partage d’articles et le libre accès ne soient pas au goût de tout le monde ! Des tensions apparaissent entre le monde académique universitaire et les éditeurs, pour des raisons commerciales évidentes, les éditeurs affirmant détenir des droits ‘auteur (et donc, à la clé, de la monnaie sonnante et trébuchante…). Hors, le milieu académique ne cherche aucun rendement à la publication de ses articles mais est en quête de visibilité et d’échange avec sa communauté. L’adage “publish or perish”  étant de mise pour les académiques, comme pour les éditeurs, mais pour des raisons bien divergentes. Incompatibilité de langage donc…

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Datajournalisme, journalisme de données, enquête…

ANALYSE DE TEXTE – CMN5550 / GESTION DES CONNAISSANCES – HIVER 2017, UNIVERSITE D’OTTAWA


Datajournalisme, journalisme de données, enquête…

http://jplusplus.github.io/guide-du-datajournalisme/

http://www.cefrio.qc.ca/netendances/actualites-nouvelles-mobilite-information-temps-reel/web-simpose-principale-source-information/#les-sources-consultees-sur-internet

http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2012/09/09/le-futur-du-journalisme-passe-par-la-comprehension-du-code/

http://blog.slate.fr/labo-journalisme-sciences-po/2012/09/09/le-futur-du-journalisme-passe-par-la-comprehension-du-code/

http://www.ecfr.eu/article/commentary_how_to_avoid_a_post_truth_world?utm_medium=social&utm_source=twitter#

https://papers.ssrn.com/sol3/papers2.cfm?abstract_id=2806640

https://www.theguardian.com/news/datablog/2011/jul/28/data-journalism


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Le datajournalisme peut permettre de raconter une histoire complexe avec des graphiques clairs. Qu’est-ce qui distingue le datajournalisme du journalisme traditionnel ? C’est le fait d’utiliser les nouvelles technologies, les big data, la diversité et la masse d’informations disponibles et de le combiner avec le ‘flair’ journalistique pour en extraire des informations intéressantes.

Il y a 10 ans, The Guardian a lancé son blog Datablog sur lequel il partage des données et des questions en tous genres. A l’époque, c’était une démarche totalement innovante.

En réalité, le datajournalisme applique – au moyen des nouvelles technologies – ce qui existait anciennement dans les articles de fond ou les livres : l’utilisation de données, l’utilisation de statistiques, etc… Ce n’est qu’une compilation de données mais il faut avoir l’insiration ou l’intelligence de les présenter d’une manière qui va intéresser le lecteur. Tout un chacun pourrait le faire mais le ‘look and feel’ fait toute la différence… Inutile d’être un progammeur IT ou un analyste, le plus important est de publier une histoire, ou tout simplement des chiffres marquants.

Les Big Data sont une source inépuisables de chiffres, de données, de concepts qui peuvent être sources d’analyses en tous genres puis de conceptualisation d’histoires.

Le seul risque est de semer la crainte, la peur, voire la terreur, en diffusant des fausses informations (‘fake news’), ce qui arrive de plus en plus fréquemment, faute de vérification des données ou d’analyse erronée de celles-ci. Le problème de ces fake news est souvent lié à un modèle financier : le ‘pay-per-click’ va générer des revenus en fonction du nombre de clics effectués sur la page. Hors, les nouvelles sensationnelles, qu’elles soient vraies ou fausses, vérifiées ou non, ont tendance à générer des visites et donc des clics… et des retours sur investissemnts ! Ces modèles sont souvent utilisés lors des campagnes électorales, pas seulement aux USA d’ailleurs mais l’Europe a adopté cette stratégie également. Il existe peu de solutions correctives à ces modèles déviants, mais cependant il en existe ! Notamment l’augmentation de la transparence, l’encouragement du journalisme de qualité et plus d’éducation à l’information.

Le datajournalisme est un nouveau métier. De nouveaux outils ont donc été développés pour permettre aux journalistes de traiter cette masse de données à leur disposition. Par nature, le datajournalisme ne se pratique pas seul mais est pluridisciplinaire et se pratique de préférence en réseau(x). Les datajournalistes apprennent donc à “décoder le code” et à jongler avec les algorithmes.

Le datajournalisme est également face à un autre défi : se renouveler dans la manière de présenter le contenu; un adulte québécois sur quatre (26,4 %) indique qu’Internet est sa principale source pour s’informer à propos des nouvelles et de l’actualité. Chez les étudiants, 64,5 % utilisent Internet comme source principale d’information contre seulement 17,3 % pour la télévision. Les adultes québécois s’informent aussi sur les réseaux sociaux, 14,2 % soulignent que ces plateformes font partie des trois principaux moyens qu’ils utilisent pour se tenir informés. Ce portrait démontre la variété d’options offertes sur Internet et la concurrence féroce imposée aux médias traditionnels.

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Les informations sont diffusées en temps réel, proviennent de très nombreuses sources et tout est diffusé via les réseaux sociaux.

“Quand les informations étaient rares, l’essentiel de nos efforts se portait sur la recherche et la collecte. Maintenant qu’elles sont abondantes, le traitement des informations est devenu plus important. Nous traitons les informations à deux niveaux : 1) analyse, pour donner du sens et structurer le flot incessant de données, et 2) présentation, pour faire rentrer les informations importantes et pertinentes dans la tête du consommateur.” (Philip Meyer, professeur émérite de l’université de Caroline du Nord )

“Les journalistes doivent s’y faire : le datajournalisme, c’est le futur. Autrefois, on trouvait des histoires en discutant avec des gens dans un bar, et il se peut que cela vous arrive encore de temps à autre. Mais aujourd’hui, il faut également être capable d’analyser des données, d’en tirer les informations pertinentes et de les replacer dans leur contexte pour aider les gens à en comprendre tous les tenants et les aboutissants.” (Tim Berners-Lee, fondateur du World Wide Web)

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